VOX, la dystopie de l’autrice Christina Dalcher qui vous fera perdre vos mots
- Catherine Regnier

- 25 mars 2022
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 4 avr. 2022

Christina Dalcher est docteure en linguistique et autrice. Christina est une chercheuse en changements phonétiques. Elle a écrit plusieurs nouvelles et romans dont VOX, Femlandia ou encore Master Class. Cette autrice s’attarde très souvent sur la société et ses possibles dysfonctionnements dans ces histoires. Dans VOX, elle dresse une dystopie effroyable qui ouvre réellement les yeux sur l’importance des mots et du langage.

VOX raconte l’histoire de la docteure en neurosciences, Jean McClellan, vivant avec sa fille, ses trois garçons et son mari dans une maison, dans une ville des Etats-Unis. Écrit comme ça, vous devez sûrement vous demander quel est l’intérêt de cette histoire et pourquoi en faire un article. C’est ici que l’histoire se complique parce que Jean McClellan, sa fille, Sonia, et l’ensemble des femmes du pays ont un quota de cent mots par jour à respecter.
Le gouvernement ultra-conservateur et bien plus encore, incarné par le président, et le révérend Carl Corbin, met en place des règles plus liberticides les unes que les autres pour abattre l’image de la femme moderne et forte.
Les femmes sont dépossédées de leur travail, de leur compte en banque, de leur voiture et même de leur courrier. Les postes qu’elles occupaient sont récupérés par des hommes incompétents, les chaînes de télévision ne sont plus que propagandes et les humiliations et les exécutions sont maintenant monnaie courante.
Mais, le pouvoir en place va être confronté à un problème d’importance et forcé à mettre en pause certaines de leurs mesures totalitaires.
Le régime patriarcale moyenâgeux en place
À l’heure de #metoo, le livre VOX sort en coup d’éclat et ne pouvait que faire du bruit. Le régime occulte aux femmes, l’ensemble de leurs droits si durement gagnés et les cantonne au rôle de femmes et mères au foyer. Le compte-mots apposé à leur poignet dénombre le moindre de leurs mots et leur envoie une décharge dès la limite des 100 mots atteinte. Cette décharge augmente plus ces 100 mots sont dépassés. La seule occupation autorisée à la population féminine est de s’occuper de leurs familles et de leurs maisons alors que les hommes sont occupés au travail et les enfants à l’école.
L’école est d’ailleurs un lieu de propagande par excellence pour inculquer la façon de penser du gouvernement aux plus jeunes. De la même façon que lors de la période d’Hitler et de Staline, les enfants entendent et apprennent que la femme n’est pas l’égal de l’homme et que son seul métier est d’organiser la maison et de s’assurer que ses occupants ne manquent de rien. Les petits garçons apprennent à être de bons soldats et les petites filles à ne rien dire. La fille de la docteure McClellan, Sonia, remporte même une récompense pour n’avoir uniquement prononcé trois petits mots de la journée.
Ce régime et son instauration est très précisément décrit dans l’histoire. Sa mise en place est expliquée grâce à des flashs du passé du personnage principal qui ne participe pas à diverses manifestations et qui ne prête pas attention à certains signes critiques. Son amie de la faculté, très engagée, féministe et révoltée la met plusieurs fois en garde mais Jean ne la croit pas et la considère un poil trop excentrique et alarmiste. Cependant, lorsque l’on revient au présent, elle évoque bon nombre de fois le manque de lucidité dont elle a fait preuve et regrette de ne pas l’avoir écouté.
Les différents profils des hommes de cette société
Différents profils d’hommes sont dressés dans cette histoire. En effet, on retrouve le président, le révérend ou encore le Dr Morgan …, considéré comme des Hommes Purs (HP), presque fou, croyant désespérément au bien fondé de leurs actions. Ils pensent rendre service au pays en réduisant plus de la moitié de sa population au silence et exécutant ou emprisonnant la moindre personne se rebellant.
Ensuite, on retrouve les hommes jeunes, ne croyant que ce qu’on leur enseigne, incarné par Steven, le fils de Jean. Celui-ci est épris de sa voisine, croit fidèlement aux lois instaurées par le gouvernement et n'imaginant pas un seul instant à une vie différente de celle qu’il vit actuellement. Il en devient agaçant et la narratrice en vient à lutter pour ne pas détester son propre fils. On ressent la même chose, il m’a terriblement mise en rogne mais il attire également l’empathie, dans le sens où il n’est qu’un pion mené par le gouvernement.
Le mari de Jean, Patrick McClellan, est quant à lui représenté comme un lâche qui travaille pour le gouvernement. Il ne sait se rebeller malgré son aversion ou son incompréhension pour les faits du pouvoir en place. Il ne comprend pas sa femme, ses besoins mais l’amour porté à sa femme le fera quelque peu modifier ses actes. Il la protègera et agira de façon conséquente pour permettre au monde de changer même si cette action surgit très tardivement.
Enfin, des hommes révolutionnaires ou au moins affirmés sont décrits dans VOX comme Dr Lorenzo, travaillant avec Jean ou le facteur Del. Ils ne sont pas imprudents mais ne s'écrasent pas et oeuvrent en secret pour retourner ce régime pour les femmes qu’ils aiment.
La lutte féminine
Jean va incarner la lutte féminine dans le livre parce que c’est d’elle dont on suit l’histoire. Cependant, elle va mettre davantage en avant son amie de la fac, Jackie, surnommée Jaquot, qui l’a motivée et guidée par ses faits passés. Jackie était une lesbienne engagée dans le combat de lutte pour le droit des femmes et des personnes LGBTQ+ et a essayé de prévenir le monde entier de ce qui allait se passer. Son personnage est présentée de façon farfelue, avec les cheveux teints et les vêtements hyppies. Incarnant l’opposée de la femme au foyer rêvée par le gouvernement, elle a été moquée, humiliée et enfermée lorsqu’ils ne voulaient plus entendre le son de sa voix.
La femme du facteur va également aiguiller Jean dans la découverte d’une possible révolution s’organisant dans l’ombre. Elle permettra à Jean de laisser sa fille, Sonia, chez elle sans qu’elle ne risque de se faire embrigader dans l’idéologie extrémiste politique.
Il y en a d’autres mais je vais encore accentuer sur le personnage de Jean, combative et résistante pour ses enfants, notamment pour sa fille. Elle ne supporte pas de la voir muette et ne peux imaginer de la voir grandir dans l’objectif de devenir une femme asservie aux hommes. Son esprit de mère protectrice, son intelligence et son pouvoir de docteure va prendre le dessus pour lui donner la motivation à agir contre cette société patriarcale.
Mon opinion
Le sujet est terriblement bien choisi et a immédiatement attiré mon attention. La façon de le mener et de montrer les lois instaurées au fur et à mesure est assez effrayante parce que cela reste tout à fait plausible et fait prendre conscience de l’importance d’utiliser nos voix lorsque les choses ne nous semblent pas justes.
L’autrice, docteure en linguistique et chercheuse, nous permet de rentrer dans un univers légèrement scientifique et médical. Cependant, les éléments de fin m’ont semblé être des jolies pirouettes pour arranger les choses et terminer l’intrigue un peu trop facilement à mon goût.
Cela reste un roman agréable et facile à lire, qui nous demande de nous poser des questions et de peut-être ouvrir les yeux sur certains événements existants dans notre monde actuel.
Je ne peux que vous conseiller et mettre en lien ce roman avec le roman The Handmaid’s Tale de Margaret Atwood et sa série éponyme.

N’hésitez pas à me dire ce que vous avez pensé de cet article.
Avez-vous lu ce livre et qu’en avez-vous pensé ?
Sinon, cet article vous donne-t-il envie de le lire ?
Catherine, rédactrice
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